Les poèmes et textes de MarieN déposés sur la Tanière
L'amour fou
Il répétait son prénom
Se balançant,
Sur tous les tons
Il le mâchait,
Le dégustait
Lettre après lettre
Tantôt en larmes
Le crachait,
S'en effrayait
Tantôt en rires,
Le déployait,
Le projetait
Mais toujours le rattrapait
Et reprenait sa chanson
Il le chantait,
le berçait
Contre lui
Jour et nuit
Nuit et jour
Entre les murs blancs
*
A contre temps
Ma mémoire détricote
les souvenirs,
fil à fil,
Jolis ou gris,
à contre jour
ou de nuit,
A contre-temps
souvent
A points lancés,
pas se rater
A points comptés,
pas à pas
"Plus les points sont petits,
plus la couture est jolie"
disait ma grand-mère
Mais ma mémoire est grande
et les points glissés
font marche arrière
Parfois
Point de bâti,
Trop tard
C'est le passé
Point de piqûre,
Le plus sûr
Mais il fait mal
La couture rabattue
Cache les secrets
Bien camouflés
Ma mémoire
Me joue des tours
Et dévide le fil des jours
A contre sens
*
Le temps ?
Chuttt..
Accrochée à la cheminée,
La grande horloge balance,
Le temps .
Tic, tac,
tic
Tac
Le balancier se ...
Balance
Il est fait pour çà
Et moi ?
Je vois le temps, il passe
sur la roue géante
Les secondes fondent,
Elles font leur ronde.
Comme n'importe quelle seconde.
J'écoute le temps
Sur la grande horloge
Il semble plus lent
plus grand
Il ne se sauve
Pas.
Il prend son temps.
*
Variations sur un thème : Décembre
Décembre c'est le mois
du faire semblant
Près d'un mendiant
Ou au pied d'une croix
La neige est devenue pluie
Depuis bien longtemps
Et attendent les enfants,
L'arrivée d'un autre messie
Janvier sera encore une fois
Un pourquoi pas tentant
Un nouvel engagement
Que l'on ne tiendra pas
Mais décembre encore une fois
Mènera son traîneau
De rêves et d'idéaux
D'étoiles et de grelots
*
Sans rien dire
Je n'ai de cesse, de dire
Mais,
Suis-je inaudible ?
C'est peut-être eux,
Qui sont sourds
Ils se liquéfient
Entre rires et larmes
Et
Je me perds aux méandres
De ma mémoire
Je n'ai de cesse de parcourir
Le labyrinthe des présents
Est-ce moi qui m'égare ?
C'est peut-être eux
Qui sont aveugles
Si demain n'est pas
Pourquoi parlent-ils
d'après-demain
Et toujours
S'amarrer aux passés
Quitte à se noyer ?
Je n'ai de cesse de prier
Les hommes,
leurs dieux pour miroirs
Et s'ils ne croient pas en eux
Que cherchent-ils
Les mers amassent les pleurs
De leurs erreurs
*
Monsieur Rocher
Monsieur Rocher...depuis le temps que l'on se connait, permettez moi de vous appeler Yves !
Je vous remercie vivement de l'intérêt que vous me portez au vu du nombreux courrier que je reçois de votre part. Votre mémoire est infaillible pour vous souvenir des nombreuses fêtes qui émaillent ma vie, anniversaires et occasions propices à me faire la plus belle.
Cependant, de grâce, pourquoi depuis peu de temps, n'ai-je dans ma boîte aux lettres que des échantillons, bons de réduction et autres faveurs concernant : mon poids, mes rides (non, pas les premières, merci de me le préciser), la perte d'ovale de mon visage, la mollesse de mon cou, le relâchement du tissu de mes seins, la peau d'orange de mes fesses, quant au tour de mes cuisses, je ne vous en parle même pas.
Je n'avais jusque là aucun complexe et j'ai beau me regarder sous toutes les coutures dans le miroir , je n'arrive pas à voir toutes les descriptions de mon état de femme vieillissante. Serait ce de la mauvaise foi ?
Certes de temps en temps, vous me proposez un parfum qui je n'en doute pas, attirera plus sûrement mon amant dans mes bras que mes appâts évanouis, si j'en juge les kilos de papier destinés à me faire prendre conscience de mon état...
Quant aux cadeaux que vous m'offrez régulièrement, je dois en être à la cinquantième montre (je n'en porte jamais) le vingtième sac incontournable (j'ai toujours le même grand cabas informe qui me sert de fourre-tout), je ne vous parle même pas des agendas minuscules que je perds et qui n'ont jamais assez de lignes pour noter mon planning de la journée (je me sers d'un grand cahier 21x29,7 cm où j'écris tout, tout mais tout)
Aujourd'hui, encore, un dépliant enrubanné m'incite à l'ouvrir... un coffret contenant un miracle de l'esthétique ! Diantre...un coffret contenant une poudre abrasive (aïe) ...vous voulez donc ma peau ??!!!
J'espère, Monsieur, que vous n'y verrez pas là, de l 'ingratitude mais permettez moi de vous dire : lâchez nous la grappe, moi et mon 38 fillette !
votre cliente : XY 3825
*
La vallée des échos : Solitude
J'ai fermé la porte à clé
En savourant le moment
Sans rien brusquer
Doucement, tranquillement
Alors j'ai pu m'arrêter
Et savourer
Ma solitude
Ma paix retrouvée
Alors j'ai pu recommencer
A respirer
*
La vallée des échos : À points lancés
Fin d'un passé
Dernière page
Dors un cahier
A poings
Fermés
Et sans marge
Sur la dentelle
En soie sauvage
L'année s'éveille
A points
lancés
*
Berceuse pour grands
T’as encore sur la peau
l’odeur du nivea bébé
que déjà
t’as du poil au menton
C’était hier
que tu te jetais dans mes bras
p’tits câlins, gros chagrins
que déjà
tu t’endors dans d’autres bras
tu m’dis plus,
des p’tits mots,
p’tits poèmes
de maternelles
tu écris de grands poèmes
pour celle que tu aimes
comment veux-tu
que je ne vois plus
le bébé que tu as été
mais j'aime bien
l’homme que tu deviens
j’avais rêvé
à ce que tu deviendrais
mais ce que tu fais
mais ce que tu es
est bien mieux
mille fois mieux
Te laisse pas
abîmer par la vie
garde le merveilleux
au fond des yeux
Si un jour
même plus vieux
même très vieux
si je suis encore là
et que tu as le cœur
trop plein de rancœurs
Dis-toi
que je serai
toujours là
toujours là
pour toi.
*
Le jour est gris
Le jour est gris
Indécis à se lever
Tu rentres le bois,
Une boucle noire
Et puis ton regard
Tu pestes un peu
Contre la porte,
Elle s'ouvre mal
On ne la réparera jamais,
Je crois
L'air frais
Vient jusqu'à moi
La pluie aime tes cheveux
*
Variations sur un thème : la peur
Lorsque craquera la 6 ème marche de l'escalier
Dans le silence de la nuit
Alors je saurai que c'est lui
Et que dieu m'aura rejetée
*
A pique et à cœur
Faire la nique au malheur
A pique et à coeur
Atteindre le paradis
A cloche pied hors des carreaux
Trouver la clé
Et passer de l'autre côté
Encore un jocker, jeu gagnant
Tous les coups sont permis
Les aiguilles cliquent
Et claquent au cadran
Point marqué Vie tricotée
Emmitouflée loin de l'enfer
2 coups qui frappent
L'amour s'invite à la porte
Ecoute ton coeur
Ecoute ton coeur
Ecoute............
Le tic-tac de ton âme.
*
Le rire d'un enfant, sur une photo de Silence
un enfant, çà rit avec ses mains
de tout son corps, de tout son cœur
çà rit pour le plaisir de rire
plein les yeux, à pleine bouche
un enfant, çà rit comme il aime
çà donne tout, çà demande rien
çà rit comme on fait des bulles
çà pétille, un enfant
et çà donne envie
de rire
*
Parce-que
Tu me dis pourquoi, comment ?
mais...parce que
demain sera là, couleur café
et puis les crocus sont sortis
Les oiseaux font leur nid
parce que ta voix, tes mains
ton regard, ton corps contre le mien
parce que mille raisons
Pas plus l'une ou aucune
parce que...tout simplement
Et si je ne vois pas cet été
Le platycodon que j'ai planté
Rien que pour son nom
parce que...ce qui a fait nous
*
Variations sur un thème : Suicide
Le sang...la vie
Rouge, coule et je vois
Le bleu insolent
D'un ciel maudit
Rouge, la mort
Fait son trou,
M'appelle et je m'y noie.
*
Je reviens
il est des expériences étranges, qu il faut mettre en mots, qui ne nécessitent pas forcément de commentaires, et surtout pas des apitoiements ou ce genre de choses, drôle d 'expérience d'où l'on revient étonnée, changée, incrédule, que l 'on évacue un jour et qui peut être partagé par d'autres vécus, ces choses indéfinissables, ressenties, si présentes, si prégnantes, qui nous accompagnent et ne nous lâchent pas.
a ne pas mettre sous tous les yeux, oui mais lesquels ? la tanière est un refuge parfois, l atmosphère de la forêt (si si le vert est très beau) s y prête bien
ce n est pas un poème non plus, c 'est ce qui devait être craché, alors je vous l 'impose Je les sens,
ils sont là
deviennent, mes mains, mes amarres
leurs voix,
et je m'arrache
leurs prières, leurs larmes
forcent mon souffle
ils sont là
et viennent
me chercher, de si loin
de si loin
leurs mains, leurs corps
me retiennent, me soulèvent
ils sont là
tout contre moi
je reviens
vers eux trois
oui, je reviens
je reste
parmi vous
vous tous qui êtes là
près de moi
et ton regard, mon amour
Qui me noie et me sauve
*