La Tanière des Poètes

Où la pensée croise le rêve et l'imaginaire
AccueilAccueil  ­PortailPortail  ­FAQFAQ  ­RechercherRechercher  ­S'enregistrerS'enregistrer  ­ConnexionConnexion  
Poster un nouveau sujet   Répondre au sujetPartager | 
 

 Symbiose

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
AuteurMessage

Admin


Nombre de messages: 977
Age: 21
Date d'inscription: 05/05/2006

MessageSujet: Symbiose   Jeu 30 Avr 2009, 15:21

Symbiose




« - Tu dois partir plus nue que tes silences
Et plus sale que tes mots
Tu dois partir déshabillée de la mascarade que les mille voix te prêtent
Tu dois aller
-Non, « aller », c'est pour ceux qui savent où »-
Tu dois voir si la vie est devant.

Tu dois accoucher de toi même
Tu dois comprendre que c'est la fin de l'ère
De mes yeux-contreforts
De ma voix-phare
De mes mains-amnios
Tu dois comprendre que l'absurde ne se laisse pas saisir
Que les choses coulent entre les doigts
Et que tu ne sauras jamais
Pourquoi.

Tu dois partir et penser à prendre demain dans ton regard.


- Et si je ne veux pas
Et si je ne prends que le bord du chemin
Si je cueille les digitales et leur mort aux doigts roses
Puisqu'elle, elle, ne fuit pas comme l'eau
Si je ne veux que l'oubli
Que l'oubli
D'un monde où ton coeur ne donne plus sa mesure
Que dis-tu ?

- Que ta tête sur ma poitrine a su
La percussion de tout
Sans comprendre
Sans savoir,
Que tu t'es endormie sur moi et que je t'ai portée
Tu as su l'exact point
La portion de néant qui te tient aux choses
Et que c'est ce que tu as
Oublié.
Entre tous et toutes tu as su
Et tu as
Oublié.

- J'ignore même si c'est toi,
Là.
Que sais-tu de l'angoisse de ne pas savoir
Que sais-tu de l'air que les hommes soufflent et qui pèse si lourd
Sur les bras
Je suis mille et je ne suis pas.

- Et pourtant tu disais que
J'étais dans ton dos
Tu es car j'y suis
Tu es car tu y crois
Et pourtant rien ne démontre
Rien ne prouve qu'un homme mort habite dans le monde
A qui l'on tourne le dos.


- C'est ainsi, on se retourne
On ne voit que le vent
A l'infini tu es dans mon dos
Et personne ne sait retourner ses yeux dans ses orbites.

-C'est heureux, on ne regarde pas l'intérieur de son crâne.
Tu es car tu ne dors pas et que tu écris
Alors qu'il est près de trois heures du matin
Que tu poses des paroles dans ma bouche qui ne sont pas les miennes.


-Qui seraient les tiennes si tu pouvais me parler ?

-Je ne crois pas, je n'ai jamais parlé de cette manière.
Mais tu dois partir, je le sais
Je ne t'ai pas portée pour que tu ne saches pas ensuite
Te porter toi même.
On se croise en Ailleurs, comme tu appelles
Le pays où tu rêves
Je t'ai dit que tu devais partir
Oublier les breloques d'air vicié qui pendent à tes bras
Prendre un regard dans ta main
Dans tes yeux
Et vivre de la vie des vivants
N'ai je pas aimé nos voix
Notre musique
Tes mots
Nos sursauts
Nos symbioses
Ton esprit aussi lourd qu'aérien
Aussi orageux que vif
N'ai-je pas justifié ta vie
Alors que tu sais bien qu'aucune n'a besoin de justification ?


- Je l'ai dit et je le pense
Mais si je crois que c'est de la pitié
De la peur de me voir tomber ?

-Tu peux le croire mais c'est garder le doute même sur ce que je suis.

-Puisque ce ne sont pas tes paroles
Puisque c'est moi qui te prend pour une marionnette...
Mais je suis certaine que tu aurais dit :
"C'est le jeu ma pauvre Lucette"

- Alors c'est le jeu, ma pauvre Lucette.

-Tu vois ! Mon esprit te pantine,
Je n'en sortirai pas
Je n'en sortirai jamais
Tu n'es pas là, bon sang, pas là !
Tu ne me raccompagneras plus jusqu'au milieu du pont
Tu ne feras plus celui qui n'a pas remarqué que je suis pâle
Je ne sais que te perfuser de mes mots pour faire de toi un vivant
Et je hais ceux qui vivent
De leur vie de vivant.

- Alors sois comme eux
Rien ne t'empêche de ne pas perdre Ailleurs
De ne pas me perdre
Des yeux.


- Tu ne comprends pas comme c'est grave
Tu ne comprends pas comme je ne suis pas
Comme je traîne
Comme rien n'est, sans toi
Comme j'attends les digitales tout en me disant qu'on ne déserte pas
Que je n'ai pas le droit
Mais j'attends quand même, alors que je n'ai plus rien à faire
En Ici.

- Bien sûr que je ne comprends pas, tu ne veux pas que je comprenne
C'est toi qui me fait parler.


-Mais qu'aurais tu dit ?

-Les morts ne supportent pas le conditionnel
Je n'aurais rien dit
Puisque je suis mort.
Mais écoute-toi m'écrire, un peu, jamais je n'aurais cru que tu aurais osé
Me coller dans la bouche des phrases de la sorte
"Mes mains-amnios", franchement !
C'est toi la poète maudite, pas moi
C'est toi qui écrit des textes pareils
Moi je raconte des histoires de prostituées
De gens pas gâtés par la vie
Et je joue du piano
Je te fais un album entier pour ton anniversaire
Et tu pleures presque à chaque fois que je commence la valse d'Amélie.


-C'est trop fort, tiens !
Ce n'est pas toi qui a dit "Tu as du spleen qui coule sur les joues"
Un jour que je pleurais, justement ?
Ce n'est pas de la pseudo-poésie de musicien maudit ?

-Non puisque tu ne le penses pas
Puisque tu as su retenir cette phrase ...


- Pour une fois que tu disais quelque chose de poétique qui tienne la route !

- J'admets. "A foison des malsaines" ne veut pas dire grand-chose
Mais je trouvais ça joli.
Et puis tiens je remarque que tu ne me fais plus dire d'élucubrations poético-philosophiques
C'est mieux.


- Tu sais quand même que c'est un dialogue très vrai et très sérieux
Que je cherche toujours à aller au plus juste ?

-Et à te retourner les yeux à l'intérieur du crâne
Et les tripes comme on retourne des gants pour les ôter, oui.
A quoi ça sert, sinon
A entretenir le tourment
A entretenir la non-vie ?


- A te trouver
A attendre
Te trouver
Te trouver
Te trouver
Te trouver, tu comprends ?
Je suis si violemment heureuse
Violemment désespérée
Quand il neige car la neige est toi
Quand un chat me regarde car il est toi
Quand le vent souffle car il est toi
Quand une colombe de ton père se pose sur le muret où nous avons fait des photos
Et qu'elle laisse mon objectif s'approcher
Parce qu'elle est toi.

-Tu as laissé ce fichu pigeon s'envoler alors qu'il était de l'élevage de mon père ?

-Que voulais tu que je fasse ?

- Rien. Je ne sais pas
Je ne sais même pas que cet oiseau s'est échappé
Ce sont les mots que tu me prêtes qui le disent ...


-Mais cesse, cesse !
Je deviendrai folle
Je sais que c'est moi qui t'écris et pourtant, pourtant...

- Je suis là ?

-Non.
Oui.
Je ne sais rien
Je deviendrai folle.

-Alors va te coucher, va dormir
Peut être qu'on se verra en Ailleurs
Que tu sauras.
Et après, tu partiras.


- Mais est ce moi qui y crois ?
Ou toi ?

- L'important est que cela soit toi.

- Mais qu'on ne me dise pas que tu es là, que tu es fier de moi de là-haut ou une des ces idioties qui me donnent envie de commettre des meurtres... qu'est qu'ils savent ? Qu'est ce qu'ils sentent ?

- Rien, tu es seule à savoir.

- Que moi.
Même si ces mots ne sont pas de toi ?

-Tu sais qui j'étais
Tu sais qui je suis.
Les mots ne comptent pas.


-Alors je vais me taire, je vais dormir
Serrer dans mon poing le pendentif que je t'ai volé la première fois qu'on s'est battu avec des oreillers
Et je te sentirai ici.
Je deviendrai peut-être folle
Je mourrai peut-être demain
Mais je t'aurai senti ici
Et si je n'y arrive pas
Je dormirai
Je te trouverai en Ailleurs
Et si je n'y arrive pas...
Et si je n'y arrive pas ?

- Tu verras ...
On verra bien.
 »


*

_________________
Ailleurs, c'est encore quelque part.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://www.myspace.com/lelivredelea
Helea



Nombre de messages: 202
Localisation: Hautes-Pyrénées
Date d'inscription: 02/06/2008

MessageSujet: Re: Symbiose   Mar 05 Mai 2009, 12:59

Un cheminement trés personnel, trés intime dans ce dialogue/monologue. Un fragment de vie intense pour une ébauche de réponse et milles questions qui se posent au long du chemin...
Salut bon voyage Fë...
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Sahel
Admin


Nombre de messages: 713
Age: 20
Date d'inscription: 03/05/2008

MessageSujet: Re: Symbiose   Jeu 07 Mai 2009, 17:28

Un fragment de vie... Une vie entière...
Dur de lire... Triste pour moi. Triste de voir ce que tu lui fais dire. Pourtant il se moque de toi, et tu crois, tu espère.
Triste de te lire.
Peut-être qu'un jour les cimetières ne seront plus tes églises, peut-être qu'un jour tu marcheras avec la neige, plus arpès l'avoir attendue, mais comme lorsqu'on retrouve un ami au détour du chemin. Peut-être qu'un jour ce pigeon sera un sourire, pas ton sourire.
Tu marches encore avec des ombres... Mais qu'est-ce que je crois ? Qu'est-ce que je crois savoir ?

Peut-être qu'un jour ce pigeon sera un sourire, plus ton sourire.

Avec mes amitiés, Sahel.

_________________
Parce qu'un jour ces tendres mots de mon coeur en seront le seul vestige...
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur

Admin


Nombre de messages: 977
Age: 21
Date d'inscription: 05/05/2006

MessageSujet: Re: Symbiose   Ven 28 Aoû 2009, 12:31

La suite, elle est là :

http://sd-1.archive-host.com/membres/up/32098078520913754/LessymbiosesIaXXII.pdf

C'est un pdf, y a 22 textes. Et y a vraiment une grosse, grosse évolution par rapport au premier texte.

Je peux toujours publier la suite directement sur le forum, si ça vous arrange.

_________________
Ailleurs, c'est encore quelque part.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://www.myspace.com/lelivredelea
Sahel
Admin


Nombre de messages: 713
Age: 20
Date d'inscription: 03/05/2008

MessageSujet: Re: Symbiose   Ven 28 Aoû 2009, 20:24

Très agréables à lire ces symbioses. J'aime beaucoup. C'est un genre de journal intime, en plus... Poussé ?
Je verrais bien ça dans les bacs.

Sinon les dialogues, parfois je m'y perd, mais c'est assez normal pour moi donc faut pas s'affoler, et le contenu est porteur de changements, d'évolutions. On peut suivre le cheminement de ce "personnage", de ses idées, de ses délires... De ses tristesses et de ses folies. C'est très intéressant. J'ai beaucoup aimé.
Et puis la symbiose 2 me plais. Je pense y retourner pour relire à fond ce que tu dis dedans.

bonne soirée à toi,
Amicalement Sahel.

_________________
Parce qu'un jour ces tendres mots de mon coeur en seront le seul vestige...
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur

Admin


Nombre de messages: 977
Age: 21
Date d'inscription: 05/05/2006

MessageSujet: Re: Symbiose   Jeu 10 Sep 2009, 16:08

Dans les bacs, ce n'est pas prévu. Mon but était de publier les Nouvelles, but atteint, et je n'éprouve pas la nécessité de publier les Symbioses... enfin je remettrai cela en question quand je serai sûre d'avoir terminé la série.

En tous cas merci de ta lecture, la quantité peut facilement rebuter.
Est-ce que c'est difficile à comprendre sans la lecture des Nouvelles ?

_________________
Ailleurs, c'est encore quelque part.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://www.myspace.com/lelivredelea
Sahel
Admin


Nombre de messages: 713
Age: 20
Date d'inscription: 03/05/2008

MessageSujet: Re: Symbiose   Jeu 10 Sep 2009, 18:06

Ce n'est pas à moi que tu dois demander cela, j'espère que d'autres pourront répondre à ma place.
Comme je te l'ai dis, c'est agréable à lire et on s'y prend vite donc non, le nombre n'est pas rebutant.

J'aimerais faire une digression de 15paragraphes mais j'ai pas l'élan Sourire

_________________
Parce qu'un jour ces tendres mots de mon coeur en seront le seul vestige...
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Helea



Nombre de messages: 202
Localisation: Hautes-Pyrénées
Date d'inscription: 02/06/2008

MessageSujet: Re: Symbiose   Ven 11 Sep 2009, 13:07

Je viens de lire... magnifique, sombre, plein d'espoir, riche, trés riche de vie et sentiments. Des mots pleins de devenir, de changements, en contante évolution ...
J'ai beaucoup aimé Fë... Fleurs
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur

Admin


Nombre de messages: 977
Age: 21
Date d'inscription: 05/05/2006

MessageSujet: Re: Symbiose   Dim 07 Fév 2010, 12:30

Je termine également les Symbioses ...


- Je ne regarde pas leurs visages, je ne croise que des pieds
Les uns devant les autres
Je ne regarde pas leurs visages
Je veux avoir le droit de ne pas lever la tête
Et de croire que me frôlant
C'est toi.

Ainsi tu es partout.

- Toi aussi, tu marches, et maintenant tu es loin
Tu écrivais, il y a un an "Rien ne change", et tout a changé.
Tu es partie, tu vas quelque part.


- Et je ne t'ai pas perdu.
L'autre jour, en sortant du funiculaire, il y avait ce type assis
Il avait une casquette posée devant lui
Il jouait du ukulélé
Et j'ai cru reconnaître "Lettre au guitariste du métro"

- Tu es la seule à savoir, tu es la seule à la connaître.

- Il y avait notre chanson
Juste sous Notre-Dame de Fourvière.
Je n'ai pas tenté de voir le visage de ce type
C'était peut-être toi
Alors j'ai continué à marcher.

- Maintenant nous ne pouvons que nous croiser
Que ne jamais vraiment nous reconnaître
Nous ne sommes que ces signes, ces petits miracles
Que nous seuls savons.


- Tu y crois ?

- Bien sûr, puisque toi, tu y crois.

- En Ailleurs tu es là, souvent. Nous ne nous parlons pas
Nous nous regardons

- Comme avant, comme au début ... nous ne disions rien
Je posais ma tête sur le bureau
J'attendais que tu finisses tes multiplications,
Je te regardais.


- Tu continues, alors ?

- Je crois.

- Tu sais que c'est la fin ?

- Je sais.

- Je ne t'écrirai plus.

- Tu m'écriras partout
Je serai au dessus, au fond
Je ne suis plus le destinataire, je suis le contenu,
L'exprimé.
Tu m'écriras non plus pour me parler,
Mais pour me dire.


- Pour finir j'aurais aimé quelque chose de grand, au moins.

- Parler du froid, dire "Le froid sait que je l'aime alors le froid me suit"
Son odeur métallique et sucrée, sa lumière très blanche, ses cimes, sa brume
Tu voulais dire que tu as laissé mon nom derrière toi
Qu'un autre cœur bat sous ta main, qu'étrangement tu n'as pas envie qu'il cesse
Que tu ne peux mourir que brûlée dans une nuée ardente
Tu voulais parler de notre colline, de l'arbre qui est comme moi : toujours là mais jamais approché ...


- C'est facile quand on retient les fausses "Dernière Symbiose" ...

- ... que tu as dit "Oui" à un autre regard, ce genre de paroles dépassées ?

- Tu lis par dessus mon épaule !

- Je suis dans ton épaule.

- Si tu veux.
Bref, en effet, j'aurais aimé dire quelque chose comme ça. Mais c'est ...

- Vieux ?

- Je pense.

- Alors ne dis rien,
Rien ne s'arrête.




Je rappelle qu'entre les deux, il y a une petite trentaine de textes qu'on peut trouver là :


Les Symbioses

_________________
Ailleurs, c'est encore quelque part.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://www.myspace.com/lelivredelea
 

Symbiose

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 1 sur 1

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
La Tanière des Poètes :: Des plumes dans La Tanière :: Les contes du sous-bois-
Poster un nouveau sujet   Répondre au sujet