La Tanière des Poètes
Où la pensée croise le rêve et l'imaginaire
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Le refuge

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MessageSujet: Re: Le refuge   Jeu 19 Juin 2008, 09:34

Tu sens pas les mots comme ils vivent ?
Comme ils tapent des fois
Laissent des bleus
Et pèsent leur enclume ?
Il y en a comme des chiens
Des bâtards bien pouilleux
Trouillars faux-culs
Qui mordent les mollets.
D'autres ont le poison sournois
Qui s'y met lentement
Jour après jour
Et t'écrasent du doute.

Et puis des mots comme tes mots
Qui dansent dans le coeur
Qui font du bien
Pour tout ce qu'ils y laissent
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Borte




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Messages : 54

MessageSujet: Re: Le refuge   Jeu 03 Juil 2008, 14:20

Bonjour Kodama,

Ton poème, très beau, porte en lui ce quelque chose d'universel qui fait que l'on s'y retrouve. Il y a parfois des mots que l'on découvre "au bon moment". Tes mots permettent étrangement de comprendre quelque chose de soi-même.
Ces aléas de l'amour...comme vagues et ressacs, écumes pleines qui s'en vont disparaître. Et dans ce "il y a la vie qui est là, qui va comme ci qui vient comme ça" un air d'humour aussi, d'espoir, ou un regard comme décalé, du coin des yeux, sur soi-même...qui dirait, allez, ça ne fait rien, on continue...et puis le soleil est devant...

ce "bruit du temps efface"...si beau...

"tu fouilles de tes larmes
un désespoir qui te dépasse
où est ton refuge ?"
Ce texte, le lire m'émeut vraiment. Car j'ai fouillé de mes larmes un désespoir qui me dépasse...et où est mon refuge?...je suis venue ici quitter des mots d'ailleurs...comprendre...et retrouver la gaieté...la légèreté...oublier...

"un trou pour passer derrière le miroir
un trou pour se cacher
pour se bercer
d'illusions
et se tuer"

les illusions...je connais...trop en quête d'absolu...et c'est si émouvant, si beau, ta façon de l'exprimer.
Quand il vous reste un vide et alors le remplir...
J'ai trop rêvé, bercée stupidement d'illusions...

"l'histoire est terminée
je n’ai pas pu mourir d'amour"
si juste...étrange...l'histoire s'est terminée aussi sans avoir commencé et je n'ai pas pu mourir d'amour...comment comprendre ce qui n'a pas eu lieu, là où un espoir vain n'aboutit à rien, où on a trop rêvé d'absolu...oui c'est sans doute mieux de ne pas mourir d'amour...j'aurai préféré mourir d'amour et savoir...que de m'arrêter à la porte...
Alors atterrir et repartir d'un bon pied. Ouvrir d'autres portes. Qui mènent à ce que l'on ne sait pas encore. Porte sur un refuge, déjà.

Un refuge...liberté, douceur, élans d'amour, beauté, réalité de ce que l'on ressent, subtilité de tes mots.
Te relire...

Borte
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kodama




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MessageSujet: Re: Le refuge   Sam 05 Juil 2008, 13:49

Bonjour Borte,

Tout d'abord merci de ta lecture attentive et généreuse. J'ai hésité à te répondre parce que tu as abordé ce poème d'une façon très personnelle, voire intime, et que c'est parfois complexe de trouver un angle qui apporte une approche supplémentaire à ce qui a été dit sous le coup du ressenti, sans lui faire perdre toute son essence et sa liberté. Il y a peut-être une piste avec ta conclusion :
... que de m'arrêter à la porte...
Alors atterrir et repartir d'un bon pied. Ouvrir d'autres portes. Qui mènent à ce que l'on ne sait pas encore. Porte sur un refuge, déjà.


Les portes universelles ... quel sujet n'est-ce pas ? Celles qu'on ouvre ou qu'on ferme, sans réelle position intermédiaire où on pourrait se poser, respirer et en prendre le temps ... On est souvent dans le piège, universel lui aussi, d'être d'un côté ou de l'autre. Avec les bonnes et mauvaises blessures que cela implique, les certitudes, les doutes, les espoirs, les désespoirs ... Mais si au lieu d'être d'un côté de la porte ou de l'autre, on était la porte ? Juste la porte. Est-ce qu'on aurait une vision différente de ce qui nous entoure ? d'autres émotions, d'autres pensées ? Intrigant quelque part.

En regardant ton avatar, toute cette étendue vaste qui se ferme grandiose, sur un mur de montagne, je me suis demandé ce que cela changerait si il y avait une porte, piquée là au beau milieu du désert, et du coup, j'ai pensé à une petite chronique de Vialatte publiée dans un recueil "Les Champignons du détroit de Behring" et qu'il a intitulée "la situation", là-aussi ça parle de portes - entre autre, parce que Vialatte quand il s'y met, c'est feu d'artifice ! Mais tu connais peut-être ... Enfin, voilà le début :

Tout homme habite une île déserte, et les bateaux n'y passent qu'à l'horizon. L'homme meurt seul, ayant vécu seul. Son dernier mot, c'est la solitude. Car rien n'est plus semblable à l'homme qu'un autre homme, mais rien n'en est plus différent. [...]. Les portes de la solitude sont des portes monumentales. Il y en a une à Ghardaïa, en plein désert. C'est une flèche ripolinée. Avec cette inscription parfaite : "Ghardaïa, trois kilomètres, Tombouctou, cinq mille kilomètres". Ca dit très bien ce que ça veut dire. On ne saurait mieux s'exprimer. Il y en a une autre à Font-d'Hurle (c'est un haut plateau, dans les Vercors); elle est en bois, à claire-voie, longue, basse, encastrée dans rien. Il n'y a rien à droite, rien à gauche, pas un mur, pas un fil de fer, rien par-devant, rien par-derrière, si loin que s'étende la vue; seulement cette inscription grandiose : "Prière aux visiteurs de refermer derrière eux". On ne saurait mieux dire à l'homme que, d'où qu'il vienne et où qu'il aille, il ne peut jamais ouvrir ou fermer que sur soi. [...].

J'espère que cette diversion sur la vie mouvementée des portes (!) ne chagrinera pas ton weekend, que je te souhaite moins pluvieux que celui qui se prépare ici.

A bientôt sûrement ...
_________________
L'ovale est un cercle presque rond, mais quand même pas ...
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Borte




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Messages : 54

MessageSujet: Re: Le refuge   Mar 08 Juil 2008, 20:04

Bonjour Kodama,

J'ai lu et relu...tout est si plein, une vraie belle réflexion sur les portes.
Je te remercie tout plein pour cet enrichissement...qui donne à réfléchir et ouvre des portes Sourire

Je suis ravie que tu aies répondu!
C'est vrai que j'ai la fâcheuse tendance à aborder les textes de façon très personnelle, à aller au ressenti, je devrais avoir plus de distance, m'y essayer du moins, et puis, je ne sais, le naturel revient au galop...j'ai besoin de ressentir un texte, comme de me l'approprier, pour écrire après...l'absorber peut-être...Ouf tu es passée au-delà! Merci!

Belle ouverture que ton approche.

Les portes, j'aime ce sujet...décliner les portes...depuis l'enfance...portes de lumière...portes sombres...paravents...portes en papier du Japon...qui coulissent sans bruit...la porte des Etoiles...en science-fiction...portes et murs...portes cachées...dérobées...portes fermées, murées...portes ouvertes...portes en trompe-l'oeil...

Oui les portes, une belle symbolique...un fameux sujet...
les fenêtres aussi...porte-fenêtres...
Portes universelles...cela me plaît...un trousseau de clés passe-partout

C'est vrai que souvent on ne prend pas le temps de penser, on ferme et on ouvre des portes...être d'un côté ou de l'autre...et si on pouvait être des deux côtés à la fois parfois? Dédoublement...
On est bien obligé d'en refermer certaines, et de s'en éloigner, ces univers disparaissent, ils existent toujours, leur image se voit déformée par la distance...il y a aussi ces portes qu'on a ouvertes sur du beau, et qu'on regarde aussi s'éloigner...car on ne sait ce qui se passerait en les ouvrant à nouveau...alors ces univers deviennent des paysages de rêve...

J'aime quand tu parles de bonnes et mauvaises blessures...les bonnes blessures, cela m'intrigue...
Je crois que plus on avance et plus on doute...et on avance toujours...
Espoirs, désespoirs...

Etre la porte, idée fabuleuse. Etre la porte et regarder devant, derrière, sur les côtés. Une porte là en plein milieu d'un paysage grandiose...la porte vers l'inconnu...être le passage...recevoir...réceptacle...voir des hommes et des femmes avancer, reculer, parfois s'arrêter, hésiter, ouvrir, ne pas ouvrir, là est la question!
La porte...être la porte...et tout à coup l'horizon s'élargit...rien n'est figé...donner, recevoir, sans fin, sans plus penser peut-être...très intrigant...ce pourrait être très sensuel aussi d'être ce passage...passer d'un pays à un autre...ou le Monde de Narnia...une porte cachée dans une armoire...j'adore ce genre de portes...des univers cachés, qui se découvrent tout à coup, inattendus...
Si j'étais une porte...je serais...la porte de...
ce serait un jeu amusant...
en quelle porte vous imaginez-vous?

je rêverais d'être la porte de l'inattendu, ou celle de l'inconnu, la porte du surprenant...

"En regardant ton avatar, toute cette étendue vaste qui se ferme grandiose, sur un mur de montagne, je me suis demandé ce que cela changerait si il y avait une porte, piquée là au beau milieu du désert, et du coup, j'ai pensé à une petite chronique de Vialatte publiée dans un recueil "Les Champignons du détroit de Behring" et qu'il a intitulée "la situation", là-aussi ça parle de portes - entre autre, parce que Vialatte quand il s'y met, c'est feu d'artifice ! Mais tu connais peut-être ... Enfin, voilà le début :"

Je connaissais Vialatte de nom, quelqu'un, justement comme c'est étrange, quelqu'un avec qui j'ai écrit sur des portes, m'avait conseillé de lire Vialatte, et je le découvre avec toi...la porte de la solitude est sans doute celle qui me manquait...et oui j'aime l'idée qu'il puisse y avoir une porte, qui ouvre sur des univers beaux et étranges dans la montagne, j'ai toujours aimé les contes, avec ces nains qui vivent dans les montagnes, ou les trolls, les elfes, j'aime bien ces univers de mythologie...alors une porte sur un univers fantastique en plein milieu du désert...et chacun rencontrerait de l'autre côté ce qu'au fond de lui il attendait sans le savoir, ce qui répondrait à ses questionnements inconscients ou les plus intimes...la porte de la connaissance de soi...ou de la connaissance de l'autre...

plutôt la porte vers ce qui nous surprend, là où on s'attendrait le moins à être surpris...

tout chemin, même le plus anodin, amène à une porte...
l'ouvrir...et découvrir...

Merci pour ce texte magnifique, qui me donne envie de lire Vialatte.

Tout homme habite une île déserte, et les bateaux n'y passent qu'à l'horizon. L'homme meurt seul, ayant vécu seul. Son dernier mot, c'est la solitude. Car rien n'est plus semblable à l'homme qu'un autre homme, mais rien n'en est plus différent. [...]. Les portes de la solitude sont des portes monumentales. Il y en a une à Ghardaïa, en plein désert. C'est une flèche ripolinée. Avec cette inscription parfaite : "Ghardaïa, trois kilomètres, Tombouctou, cinq mille kilomètres". Ca dit très bien ce que ça veut dire. On ne saurait mieux s'exprimer. Il y en a une autre à Font-d'Hurle (c'est un haut plateau, dans les Vercors); elle est en bois, à claire-voie, longue, basse, encastrée dans rien. Il n'y a rien à droite, rien à gauche, pas un mur, pas un fil de fer, rien par-devant, rien par-derrière, si loin que s'étende la vue; seulement cette inscription grandiose : "Prière aux visiteurs de refermer derrière eux". On ne saurait mieux dire à l'homme que, d'où qu'il vienne et où qu'il aille, il ne peut jamais ouvrir ou fermer que sur soi. [...].

J'ai adoré ta diversion sur la vie mouvementée des portes qui n'a en aucun cas chagriné mon weekend, qui a été pluvieux...j'espère que le tien aura été bon malgré la pluie!J'ai pris le temps de lire et relire, suis parfois un peu lente, lente lorsque j'aime et que cela m'accroche et me fait réfléchir...une saine lenteur!

A bientôt...

Borte

PS: j'aime la photo...ses bambous...elle fait doucement rêver...me fait penser à un paysage de lagune tropicale...

A bientôt sûrement ...[/quote]
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