| | | | Auteur | Message |
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Fë

Age : 20 Inscrit le : 05 Mai 2006 Messages : 612
| Sujet: Le lac Ven 16 Mai 2008, 13:07 | |
| Photo de SilenceLe lacC'est lisse Et rien ne s'y passe Surface Sifflante d'ombre Sous une brume en strates, C'est lisse.
Il y a un monde là, dessous.
Des murènes épaisses comme des manques Des algues qui lèchent les ondes Et qui ne laissent pas sécher les plaies de l'eau.
C'est lisse Ça saigne une rivière Et ça caresse une île A peine assez large pour une barque échouée... Un bout de terre humide, juste avant la fin, Où même les herbes rouillent.
Un saule pleure ses branches sur le miroir sans tain
Il y a un monde là, dessous.
Un faucon, que l'eau rend un peu pâle Fusillé en plein cri Pas une grêle ancienne, Les reflets que j'ai noyés A trop le voir mourir, Des feux éteints avant que le temps ne ride les vallées Et ne creuse un ventre au ciel, Un amnios vicié Un trésor d'étoffes Une genèse chimique L'inconscient de la vie Et le solvant de mes heures Immobile et croupi, figé Dans la chute du faucon
A la surface, je flotte, maîtresse Des courants intérieurs, J'ai le souffle lacustre Et toutes les eaux du monde Pleurent avec moi les terres qu'elles essuient Les hommes qu'elles diluent, J'ai le sang aérien...
Il y a un monde au dessus, Où les faucons ne meurent Que lorsqu'ils ne crient plus.
* _________________ "Et si le monde entier vous croit mort, / Je suis morte aussi." Marina Tsvétaïéva
Dernière édition par Fë le Ven 16 Mai 2008, 16:51, édité 1 fois |
|  | | Rendzine

Inscrit le : 17 Juin 2006 Messages : 1715 Localisation : Landes
| Sujet: Re: Le lac Ven 16 Mai 2008, 15:46 | |
| Je commente pas tout de suite, Fë, je voulais juste te signaler le vers
| Citation: | | Des feux éteints avant que le ne ride les vallées |
I va pas, çui-là ! _________________ C'est à partir de toi que j'ai dit oui au monde. Paul Eluard |
|  | | Fë

Age : 20 Inscrit le : 05 Mai 2006 Messages : 612
| Sujet: Re: Le lac Ven 16 Mai 2008, 16:51 | |
| Oups, oui, manque un mot.
Je corrige, merci ! _________________ "Et si le monde entier vous croit mort, / Je suis morte aussi." Marina Tsvétaïéva |
|  | | Bifane Admin

Inscrit le : 31 Mar 2006 Messages : 4984 Localisation : Pyrénées-Atlantiques
| Sujet: Re: Le lac Sam 17 Mai 2008, 15:37 | |
| Difficile de mieux rendre ce langage intrinsèque, ce dialogue silencieux d'entre la nature et soi, avec ce miroir étrange et profond qu'elle nous donne, et que l'onde surtout sait si bien rendre, si fidèlement, si justement... Il y a un monde là-dessous, comme un monde après, comme peut-être un monde au-delà... Il y a mille mondes à découvrir, et parfois si peu l'envie de les chercher, si peu le goût de les imaginer...
Tu nous chantes un moment comme une extase, quelque chose de serein en surface, qui n'est pas sans violence dans les profondeurs ; un moment comme il en faut pour trouver de quoi vivre, entre la paix de l'âme et le désir des mondes, ce contact à rétablir entre soi et la réalité des heures, et qui passe étrangement par ce détachement subtil, cette transe muette et immobile, calme en apparence, qui semble s'en tenir à contempler, et dont les yeux vont plus loin, embrassent d'autres dimensions, retrouvent peut-être les parts essentielles de l'être par le spectacle toujours si symbolique du monde et de sa respiration.
Un moment profondément agréable à vivre, à travers tes mots... |
|  | | Rendzine

Inscrit le : 17 Juin 2006 Messages : 1715 Localisation : Landes
| Sujet: Re: Le lac Sam 17 Mai 2008, 16:18 | |
| Euh... je sais pas trop, pour le langage entre insectes dont au sujet duquel cause Bifane mais ce que je voulais dire, moi, c'est que ce poème sur l'eau sent la terre ! C'est pas un reproche, au contraire, mais j'entends par là que j'imagine mal un Breton ou un Corse écrire ça ( Nita me démentira au besoin et je sais plus s'il y a des Bretons dans la taverne tanière !). C'est le poème d'une terrienne, ça. Moi qui ai parfois le sentiment d'être entre les deux, c'est ainsi que je le ressens, avec ses herbes, branches, brumes, vallées, barques échouées... Dis, Fë, tu nous feras un poème quand t'iras en vacances au bord de la mer ?  _________________ C'est à partir de toi que j'ai dit oui au monde. Paul Eluard |
|  | | Bifane Admin

Inscrit le : 31 Mar 2006 Messages : 4984 Localisation : Pyrénées-Atlantiques
| Sujet: Re: Le lac Sam 17 Mai 2008, 18:23 | |
| Ouais, mais en même temps, M'sieur l'Ecureuil, je te signale que c'est pas un poème marin non plus hein : c'est d'un lac qu'on cause, et oui, au bord d'un lac, bizarrement, ça sent la terre. P'têt' l'effet de l'eau humectant les berges dudit lac, vois-tu ? De fait, oui, moi z'aussi, je trouve qu'il sent la terre, il sent même l'herbe, dans laquelle on se serait posé avec Fë pour contempler l'univers avec elle, un univers dans l'univers. C'est comme les poupées russes, ces choses-là...
Pis en plus, j'ai même pas parlé d'insecte. D'abord...  |
|  | | belvis

Inscrit le : 20 Oct 2007 Messages : 171
| Sujet: Re: Le lac Dim 18 Mai 2008, 13:24 | |
| Evocation spectrale entre ciel et terre. De la perspective et de la profondeur sur ce miroir étal que rien ne semble troubler. Pas d'onde, pas de ricochet, pas de tressaillement. Aucun écho. Si, celui de ce silence qui détonne et chute avant les larmes. Il est là, le reflet...
J'aime cette silhouette immobile. |
|  | | Invité Invité
| Sujet: Re: Le lac Lun 19 Mai 2008, 03:46 | |
| Un lac de mots lisses et calmes, belle évocation. On sort du texte apaisé...
Merci
Alain |
|  | | Ludmilla

Age : 47 Inscrit le : 21 Fév 2008 Messages : 344 Localisation : Savoie
| Sujet: Re: Le lac Lun 19 Mai 2008, 06:45 | |
| Envie de me noyer... plus la force de rester à la surface
marre que tous me croit solide zut après tout c'est du liquide une ondée de surface ... c'est paisible mais l'onde en dessous s'emplifie et vibre ravage silencieux orages invisibles irréversibles...
moi qui vit dans les extrêmes tes mots me touchent vraiment presque comme une boue qui colle et qu'on réussit à cacher pourtant
les autres voit ce que renvoie la surface... les autres... ne sont pas dessous les autres... c'est si loin de soi jamais ils ne nous voient
Surface belle et lisse torpeur enlisée dans les brumes tourments et plaies apparemment avalées digérées apaisées aplanies...
Calme. Rêves d'évaporation. _________________ "Exigez la liberté comme un droit, soyez ce que vous voulez être" (Jonathan Livingston, le Goélan...) |
|  | | Fë

Age : 20 Inscrit le : 05 Mai 2006 Messages : 612
| Sujet: Re: Le lac Lun 26 Mai 2008, 21:12 | |
| Tout ça ?
Bifane et Rendzine, c'est clair qu'en habitant où j'habite, imprégnée de forêts humides, de ruisseaux et de lacs, j'ai un peu plus de mal à écrire sur la mer, même si j'ai toujours beaucoup aimé la voir. Je me souviens de toutes les fois où j'ai eu l'occasion de voir la mer ... mais ce sont souvent des moments "sans textes" sûrement parce que je suis toute entière à ma vue, mon ouïe, mon odorat et mon toucher, pour m'en souvenir le plus fidèlement possible. Tiens, ça me donne une idée de texte, en fait... à noter sur la liste des "idées à écrire et à finir"...
Belvis, Alain, Ludmilla, merci pour les échos et pour vos visions... Lisse, calme, tranquille en surface, mais comma l'a vu Ludmi, dessous, c'est autre chose. On reste à la surface pour ne pas se laisser couler, là où les choses sont plates et sereines, presque mortes... ce lac, c'est la métaphore d'un état d'esprit, c'est le refuge où rien ne bouge car le moindre mouvement semble conduire à la noyade tant ce qu'il y a en dessous semble menaçant.
Merci pour vos réponses 
Zut, j'avais oublié : et merci pour le choix de la photo, elle est vraiment très très chouette. _________________ "Et si le monde entier vous croit mort, / Je suis morte aussi." Marina Tsvétaïéva |
|  | | Invité Invité
| Sujet: Re: Le lac Jeu 29 Mai 2008, 09:22 | |
| Le plus boulversant c'est que ça vive tellement dans un monde si coulé dans l'immobile, comme des fois on sent vivre un tableau, mais là plus encore parce que le souffle respire et c'est presque comme si on pouvait glisser les doigts sur l'eau dormeuse où rêvent des créatures inconnues comme échappées autant de nos rêves que des légendes du lieu, comme il y en a autour des vieux lacs. Je trouve fort que tu arrives à respirer dans mon esprit par le glissé de tes mots et des regards qu'ils ont en eux, surtout que c'est comme un silence qui parlerait dans le murmure secret du soir et la photo de Silence donne plus encore cet effet d'impression. |
|  | | lucaerne

Age : 43 Inscrit le : 16 Fév 2008 Messages : 569 Localisation : Mont-Blanc (mais pas au sommet !)
| Sujet: Re: Le lac Mar 03 Juin 2008, 08:18 | |
| Fë magicienne...
Je n'avais presque pas envie de commenter, ou alors en chuchotement, afin de ne pas troubler le lac étal. Et puis il m'a toute chavirassée, ton texte. Est-ce que je vois l'eau, ou le monde se reflétant dans l'eau, au bout d'un moment, je ne sais plus, et c'est très bien comme ça.
Par contre, contrairement à mes p'tits copains des étages du dessus, je n'arrive pas à imaginer un danger au dessous de l'eau. J'y vois plutôt toute une vie que je n'ai pas envie de déranger : des algues, des poissons, une vie prénatale, pré-humaine. J'ai plus ressenti le danger au dessus : "Des algues qui lèchent les ondes Et qui ne laissent pas sécher les plaies de l'eau." "Un faucon, que l'eau rend un peu pâle Fusillé en plein cri"
"Un saule pleure ses branches sur le miroir sans tain"... Je crois que c'est ma phrase préférée. L'arbre caresse l'eau, l'eau reçoit son image, partage, monde idéal. Je m'assoie à ses côtés et l'admire à l'endroit, à l'envers... Moment d'oubli, de sérénité.
Et je contemple la photo de Silence... Je ne me regarde pas dans l'eau de ton lac : je me souviens de Narcisse, pas question de finir comme lui ! _________________ Mais où se posaient les hirondelles avant l'invention du téléphone ? (Grégoire Lacroix) |
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