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Guillaume Apollinaire (1880-1918)

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Bifane
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Inscrit le : 31 Mar 2006
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MessageSujet: Guillaume Apollinaire (1880-1918)   Dim 28 Mai 2006, 12:33





Le Pont Mirabeau
de Guillaume Apollinaire


Sous le pont Mirabeau coule la Seine
Et nos amours
Faut-il qu'il m'en souvienne
La joie venait toujours après la peine

Vienne la nuit sonne l'heure
Les jours s'en vont je demeure

Les mains dans les mains restons face à face
Tandis que sous
Le pont de nos bras passe
Des éternels regards l'onde si lasse

Vienne le jour sonne l'heure
Les jours s'en vont je demeure

L'amour s'en va comme cette eau courante
L'amour s'en va
Comme la vie est lente
Et comme l'Espérance est violente

Vienne la nuit sonne l'heure
Les jours s'en vont je demeure

Passent les jours et passent les semaines
Ni le temps passé
Ni les amours reviennent
Sous le pont Mirabeau coule la Seine

Vienne la nuit sonne l'heure
Les jours s'en vont je demeure


*
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Bifane
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MessageSujet: Re: Guillaume Apollinaire (1880-1918)   Dim 28 Mai 2006, 12:41





Cors de chasse
de Guillaume Apollinaire


Notre histoire est noble et tragique
Comme le masque d'un tyran
Nul drame hasardeux ou magique
Aucun détail indifférent
Ne rend notre amour pathétique

Et Thomas de Quincey buvant
L'opium poison doux et chaste
À sa pauvre Anne allait rêvant
Passons passons puisque tout passe
Je me retournerai souvent

Les souvenirs sont cors de chasse
Dont meurt le bruit parmi le vent


*



Les quatre derniers vers de ce poème furent les premiers qui parlèrent vraiment à mon coeur. Je les écrivis un jour au charbon de bois brûlé sur le mur d'une maison abandonnée, quelque part dans la forêt des Landes, au sud du Bassin d'Arcachon. Ce sont eux qui firent naître en moi le désir d'être moi-même poète. J'aime à croire qu'ils sont toujours lisibles sur le mur de cette maison. Un jour peut-être, j'y retournerai, pour voir...
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MessageSujet: Re: Guillaume Apollinaire (1880-1918)   Jeu 19 Juin 2008, 08:01





Si je mourais là-bas...
Poème composé en Janvier 1915


Si je mourais là-bas sur le front de l'armée
Tu pleurerais un jour ô Lou ma bien-aimée
Et puis mon souvenir s'éteindrait comme meurt
Un obus éclatant sur le front de l'armée
Un bel obus semblable aux mimosas en fleur

Et puis ce souvenir éclaté dans l'espace
Couvrirait de mon sang le monde tout entier
La mer les monts les vals et l'étoile qui passe
Les soleils merveilleux mûrissant dans l'espace
Comme font les fruits d'or autour de Baratier

Souvenir oublié vivant dans toutes choses
Je rougirais le bout de tes jolis seins roses
Je rougirais ta bouche et tes cheveux sanglants
Tu ne vieillirais point toutes ces belles choses
Rajeuniraient toujours pour leurs destins galants

Le fatal giclement de mon sang sur le monde
Donnerait au soleil plus de vive clarté
Aux fleurs plus de couleur plus de vitesse à l'onde
Un amour inouï descendrait sur le monde
L'amant serait plus fort dans ton corps écarté

Lou si je meurs là-bas souvenir qu'on oublie
- Souviens-t'en quelquefois aux instants de folie
De jeunesse et d'amour et d'éclatante ardeur -
Mon sang c'est la fontaine ardente du bonheur
Et sois la plus heureuse étant la plus jolie

Ô mon unique amour et ma grande folie


*
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Guillaume Apollinaire (1880-1918)

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